triple

Accueil > Publications et revue de presse > 1997 - L’ex-libris français (FR)

1997 - L’ex-libris français (FR)

L’Ex-libris français

n° 204, 3e trimestre 1997
Un artiste… un ex-libris... Laurent GRANIER

par Jean-François CHASSAING

Il est peintre et héraldiste, il est jeune et plein de talent prometteur. Laurent Granier est né en 1966 à Grenoble (Isère), passe une maîtrise de lettres modernes à l’Université de Grenoble et vit et travaille à Lyon depuis fin 1993.
Depuis l’enfance, Laurent Granier est passionné par la civilisation médiévale et en particulier par une de ses formes d’expression : l’héraldique. L’explication de l’origine de cette passion réside dans la fascination qu’exercent sur le jeune artiste le chatoiement des couleurs vives et les animaux fantastiques qui peuplent les armoiries sur les murs de nos châteaux et églises. Laurent Granier décide donc, son adolescence passée, d’étudier sérieuse-ment la science héraldique afin d’y acquérir une solide culture. C’est à cette époque également qu’il a pris conscience de la fabuleuse richesse, tant historique que symbolique, de cette science auxiliaire de l’histoire, et en même temps, de la qualité et de la diversité de ses créations artistiques depuis sa naissance au XIIe siècle.
C’est l’aspect graphique de l’héraldique qui fascine Laurent Granier depuis qu’il l’a découvert au début des années 1990, malgré qu’il eût toujours dessiné et peint, lors d’une rencontre avec le peintre héraldiste Daniel Sandoz au cours d’une exposition à Grenoble. Là fut prise sa décision de travailler sa technique afin de se forger un style personnel et d’acquérir ainsi son propre faire.
En fait, Laurent Granier a toujours eu l’ambition de faire de cette passion quelque chose de plus qu’un simple loisir, mais son métier de professeur de lettres et d’histoire ne lui permettait pas de mener à bien son projet. Tout son temps de libre était consacré aux études et à la réalisation de commandes, mais cette demi-mesure ne le satisfaisait pas. C’est pourquoi, en septembre 1993, il a résolu de se consacrer entièrement à la création et comme autodidacte, il a rapidement pris conscience que la peinture et le dessin sont des disciplines exigeantes qui demandent beaucoup de travail et de rigueur, en somme un véritable métier au sens premier du terme.
Aujourd’hui encore, la double ambition qui lui tient le plus à cœur est d’atteindre une maîtrise picturale qui le satisfasse et de développer un nouveau style héraldique français à l’instar de nos voisins européens qui ont vu leur graphisme héraldique contemporain influencé et renforcé dans ses spécificités nationales par des artistes comme Hugo von Strohl en Autriche, Emil Doepler Jr. et Otto Hupp en Allemagne, Paul Boesch en Suisse, l’école graphique du College of Arms en Angleterre, J irÍ Louda en République Tchèque, João Paulo de Abreu e Lima au Portugal...

Pour ce qui concerne l’activité de Laurent Granier, à l’image de l’héraldique qui est en même temps une science et un art, elle oscille sans cesse entre la création et la recherche historique.
Ces recherches héraldiques consistent soit à retrouver les armoiries d’une famille, soit à traduire la signification d’armes (lorsque cela est possible), ou encore à l’identification d’armoiries sur divers objets, bâtiments, meubles et documents. Dans ce domaine, la clientèle est en majorité de particuliers, mais les antiquaires, les Archives départementales ou la Direction du patrimoine font également appel aux services de notre jeune artisan-artiste, dont les recherches s’appuient essentiellement sur de la documentation des archives et des bibliothèques publiques et concernent tant la région Rhône-Alpes que le reste de la France et l’Europe entière. Pour ce qui est de la création graphique proprement dite, elle concerne au premier chef les particuliers et les municipalités. Les premiers demandent de peindre leurs armoiries personnelles, leurs armes d’alliance ou de concevoir un ex-libris armorié dessiné à la plume ; ils viennent soit de retrouver leur blason après avoir commandé ou mené des recherches généalogiques, soit ils le connaissent mais n’en possèdent pas de représentation picturale en couleur. Ils peuvent également posséder de tels documents mais tiennent à faire peindre leurs armoiries par un artiste contemporain. Ce dernier cas procède souvent de la volonté de laisser un jalon dans l’histoire de la symbolique familiale. Les demandes de créations d’armoiries nouvelles émanant de particuliers sont de plus en plus nombreuses. Il s’agit là d’un travail complexe et passionnant qui dans sa méthode relève quelque peu et toutes proportions gardées de l’analyse psychologique. Outre la personnalité de l’intéressé et ses desiderata, on doit tenir compte de multiples éléments dont l’histoire de la famille, ses valeurs, son origine géographique, etc. En fait, le blason ainsi créé doit pouvoir être endossé comme une seconde peau par le commanditaire et toute sa famille ! D’une façon plus prosaïque, il faut également vérifier que les armes créées ne soient pas semblables ou identiques à d’autres déjà existantes. En effet, la législation française sur les armoiries permet à quiconque d’adopter les armes de son choix à la seule condition de ne pas usurper celles d’autrui. Une erreur peut entraîner un procès... Ces commanditaires sont en général fascinés par l’esthétique et la symbolique héraldique et désirent simplement faire illustrer graphiquement leurs patronymes. Contraire-ment à ce que l’on pourrait penser, ils sont tout à fait conscients que blason ne rime pas toujours avec noblesse, en tout cas pas dans leur cas… Ce qui fait la richesse de ce travail avec les particuliers, c’est le contact avec des gens dont les origines sociales, les parcours et les motivations sont très variés. Bien sûr, il peut y avoir confrontation avec des personnes dont l’ego est surdimensionné, mais cela reste heureusement assez rare et force est de constater que les réalisations de Laurent les plus réussies sont celles destinées à des gens avec lesquels le contact avait été le plus enrichissant, sympathique et amical, en fait, ceux qui font confiance à l’artiste dès le départ.
La répartition géographique de l’activité créatrice de Laurent Granier se situe en région Rhône-Alpes, le quart sud-est de la France (Marseille), Paris (en progression constante), mais aussi, en Suisse, Allemagne et Italie.
Les projets d’avenir de Laurent Granier, en dehors de ces travaux traditionnels, sont de développer les applications graphiques de l’héraldique dans le domaine de l’ex-libris bien sûr, mais aussi dans ceux aussi divers que les étiquettes de vin, les armoiries de personnes morales, de la société savante à la marque commerciale, l’illustration de livres, le conseil en iconographie héraldique pour l’édition, la création textile (projets de création de carrés de soie et cravates.pour la Maison des Canuts à Lyon, mais aussi pour un institut d’enseignement du français à Riga) etc. Laurent Granier a, par exemple, redessiné et mis en couleur le logo armorié du sculpteur et créateur de bijoux Xavier de Fraissinette.

Les applications de l’art héraldique sont très nombreuses et toujours actuelles, mais il faut faire prendre conscience à nos compatriotes que c’est aussi un art populaire. Quant à la démarche personnelle de Laurent Granier et à sa recherche graphique, il puise dans le passé et notamment dans le style de la fin du Moyen Age et de la Renaissance en s’inspirant de l’enseignement d’artistes aussi exceptionnels et intemporels que Albrecht Dürer, Martin Schongauer, les frères de Limbourg, Jean Fouquet, les primitifs et la cohorte souvent anonyme des miniaturistes, mais aussi des artistes plus contemporains, notamment les peintres symbolistes du XIXe siècle.

Des entrelacs d’animaux, de végétaux ou de lambrequins les plus complexes aux figures géométriques les plus simples, dans les tableaux de Laurent Granier, tout est prétexte aux détails, aux jeux de volume, d’ombre et de lumière, aux couleurs tour à tour franches et opaques de la gouache, dégradées et transparentes de l’aquarelle ; en fait, un travail comme relevant de la miniature, aussi bien pour ce qui est de l’esprit que de la technique, où perce l’amour du travail bien fait et des matières nobles.

Bien qu’héritière d’une longue tradition historique, donc for-cément enracinée dans le passé, l’héraldique n’est pas la reproduction servile de formes et de modes graphiques obsolètes mais, au contraire, un art dont l’esthétique s’adapte tout en résistant au temps
et aux modes, afin de créer et d’émouvoir encore les hommes du troisième millénaire.
Ainsi parle Laurent Granier de son travail, de sa passion, de son art.

Expositions, réalisations, conférences et projets

- Conférence sur l’histoire de l’héraldique des origines à nos jours, commandée par l’Association d’entraide de la noblesse française, à Lyon, le 25 janvier 1997.
- Exposition dans le cadre du IIIe Salon du livre d’héraldique et de chevalerie, au Musée de la Légion d’honneur et des ordres
de chevalerie, à Paris, 18-20 octobre 1996. - Conférence sur l’histoire de l’héraldique, commandée par l’association culturelle "Philomène de Lyon", 16 mars 1996. - Illustration d’un article du généalogiste Philippe de Montjouvent : « En marge des d’Hozier, les généalogistes des Ordres du Roi au XVIIe siècle », dans Gé magazine de février 1996.
- Exposition de reproductions photographiques des tableaux de Laurent Granier, dans le cadre du salon de décoration "Composition", en novembre 1995 et "Eurexpo 1995", à Lyon, avril 1995. - Exposition lors du XIIIe Congrès national de généalogie, à Besançon, avril-mai 1995. - Intervention annuelle depuis 1995 sur les aspects stylistiques du graphisme héraldique, à la demande des classes de 4e année de bijouterie de la Société d’enseignement professionnel du Rhône, Lyon.
- Création d’une ligne de bagues sigillaires en partenariat avec le bijoutier lyonnais Goineau.
- Série d’expositions en Suisse (dont Genève et Lausanne) avec le généalogiste Genevois Roland Vendittelli.
- Visite guidée du vieux Lyon consacrée à la découverte des bas-reliefs héraldiques et autres détails architecturaux, commandée par l’association "Vieilles maisons françaises", printemps 1997.
- Exposition et conférence dans le cadre du IVe Salon du livre d’héraldique et de chevalerie au Musée de la Légion d’honneur et des ordres de chevalerie, Paris, automne 1997.
- D.E.A. et thèse de doctorat en histoire portant sur l’étude comparée entre la stylistique héraldique du Dauphiné et de la Savoie avant 1789, dirigée par Michel Pastoureau, professeur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris.
- Préparation d’une exposition consacrée aux merveilles héraldiques du fonds de la Bibliothèque municipale de Lyon, horizon 1999-2000.

Ex-libris réalisés ou en projet

E- Laurent Granier, ipse fecit (ill. p. 287)
- A. Le Prince (ill. p. 288)
- José Vicente de Bragança, secrétaire général de la présidence de la République du Portugal
- Famille Grossouvre
- Comte de Boiry

Un ex-libris héraldique au XXIe siècle ?

L’activité héraldique de Laurent Granier se divise en deux parties. La première consistant en la reproduction d’armoiries historiques en y imprimant la marque de son propre style et son goût pro-noncé pour les grandes armes de la fin du Moyen Age et de la Renaissance française et rhénane. La seconde consiste en la création d’armoiries. Ce travail comporte trois phases :

- La création proprement dite, qui s’appuie sur les suggestions, les goûts, la personnalité, le nom, l’histoire de la famille du commanditaire, etc. Laurent Granier a mis au point un questionnaire à cette fin, tout en s’empressant de préciser qu’il y a autant de façons de procéder que de personnalités, sans compter bien sûr l’influence de sa propre sensibilité.

- Il résulte de ce travail plusieurs projets ou souvent des variantes du même projet (quand il lui semble être le meilleur) qui sont soumis au choix du commanditaire - il est à noter que ces projets sont orientés par une recherche d’antériorité menée dans les fonds publics afin, autant que faire se peut, de ne pas attribuer des armoiries déjà existantes.

- l’aboutissement de ce travail est la réalisation des armes sous la forme d’un tableau en couleur (technique mixte gouache et aquarelle sur papier chiffon à la forme d’Arches 300 g/m2, d’un format de 26 x 36 cm). Cette réalisation ne comprend pas l’élaboration d’une éventuelle devise, car pour ce faire, Laurent Granier considère à juste titre que cela doit être le fruit d’une réflexion personnelle du commanditaire (Connais-toi toi-même !). Cette réalisation peut également prendre la forme d’un ex—libris en noir et blanc (dessin à la plume) ou en couleur (procédant de la technique décrite plus haut). Les ex -libris seront exécutés au double de leur format définitif afin d’obtenir une meilleure définition du dessin lors de l’impression. Laurent Granier n’intervient pas dans le processus technique de reproduction offset ou autre. Les reproductions d’armoiries (tableaux et ex-Iibris noir et blanc ou couleur) sont facturées selon la complexité et le format de la réalisation. Dans ce cas, il faut compter un budget de 3 000 à 3 500 F. Les travaux de création d’armoiries (tableau et ex-libris noir et blanc ou couleur) sont compris dans un forfait de 5 000 F (voir conditions avec l’artiste).

L’ex-libris est un sujet que Laurent Granier trouve riche et passionnant, tant dans ses aspirations philosophiques que dans le travail graphique qui cherche à harmoniser la lettre et l’image. Outre toutes les déclinaisons possibles d’ex-libris héraldiques, Laurent Granier peut proposer des compositions utilisant des symboliques plus libres, telles que la para-héraldique (chiffres, badges, imprese, corps de devise, etc.).